Daby Touré

Nouvel EP acoustique Juin 2021

 

Il faudra bien, un jour, comprendre qu’être musicien africain, ce n’est pas forcément jouer de la kora ou taper sur des djembés, dans le pieux respect de ses traditions. Depuis des lustres, de Dakar à Johannesburg, on est entré dans la modernité globale, on s’ouvre grand les oreilles à la sono mondiale ; on écoute James Brown, les Beatles, Kanye West ou Rihanna et on pratique toutes les fusions électriques et instrumentales possibles sur des home-studios. Et l’on détient, bien sûr, dans ses fibres le bagage musical des ancêtres.

Un métissage détonant dont Daby Touré, ce perpétuel nomade, est un des plus beaux exemples.

Une vie nomade. Il naît en 1971 à Boutilimit, en Mauritanie, pays sahélien, austère et musulman puis part, à 3 ans, en Casamance, luxuriante région tropicale – au sud-ouest du Sénégal – catholique, et qui sait se laisser aller à la joie de la danse. Retour, à l’âge de 12 ans, à Nouakchott, la capitale mauritanienne, où un copain, fils d’expatrié français, lui fait écouter, sur un walkman, un album du groupe Police. Choc tellurique avec l’Occident. D’autre secousses suivront : Stevie Wonder, Michael Jackson, Dire Straits… Parallèlement, Daby peaufine son assimilation des mélodies et rythmes pulaar, ouoloff, diolas ou toucouleur. Paris ensuite, dans les « valises » de Hamidou son papa, membre du célébrissime groupe sénégalais Toure Kunda, pionnier de la musique africaine moderne. Hamidou ne veut pas que son rejeton fasse comme lui. Daby ne l’écoutera pas… pour notre bonheur.

Une musique nomade. Un album en 2000, « Laddé », avec son cousin Omar sous le nom de Touré-Touré, «dans la mouvance des Touré Kunda, confie-t-il, un hommage en quelque sorte. » Beau succès. Puis un premier opus solo intitulé « Diam », en 2003 ; il enthousiasme Peter Gabriel qui le sort sur son label Real World. A la console : Cyrille Duffay, un musicien… electro ! La star britannique sortira deux autres « galettes » : « Stereo Spirit », en 2007 et deux ans plus tard, un EP, « Call My Name », avec Skip McDonald… un bluesman ! 2012 : un nouvel album, « Lang(u)age », chez Universal, où notre inlassable chercheur de sons chante notamment… en français, et avec deux icônes de la chanson hexagonale, Maxime Le Forestier et Francis Cabrel ! Et enfin, « Amonafi », dernier « bébé » de Daby, publié chez Cumbancha en 2015.

Difficile d’identifier les ingrédients musicaux utilisés par Daby Touré : c’est là sa magie, une sorte de recette dont le « top chef » garderait le secret. Y’a comme des effluves de musique folk, de Crosby, Stills, Nash et Young ou de Delta Blues mais qui porteraient le vent du désert : des senteurs de mélodies qui évoquent les berceuses chantées par des grand-mères soninke mais nous ramènent irrésistiblement vers la Californie ou Paris : des arômes de textes qui ont la forme de contes ancestraux mais passés au tamis des réalités actuelles.

Charme de cette musique qui n’est ni « calebasse », ni rock à l’électricité arrogante… Plutôt une lente et subtile distillation de feelings au fil d’une vie. La fameuse fusion tradition/modernité, loin toutefois des clichés-tartes à la crème des journalistes spécialisés. C’est simple : en l’écoutant, on est à la fois chez soi et loin de chez soi ! En tout cas, ce n’est pas de la world-music, insiste Daby. « Je n’aime pas ce terme. Il nous a beaucoup desservis, nous, les artistes africains. Ca fait étiquette apposée sur des sons venus de pays en développement. Moi, je fais de la pop, c’est-à-dire une musique qui n’a pas de frontières. » On ne saurait mieux dire…

 

Jean-Michel DENIS

 

Session live – Théâtre de la Ville – 9 avril 2021

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